Derrière ses lignes droites, notre monde cache les courbes du mystère
Tout jeune, souvent dans des moments d’ennui scolaire, je dessinais des courbes sur de petits bouts de papier. D’abords de simples courbes, des vagues oniriques me portant au loin, m’aidant à adoucir les écueils de la vie. Puis, hormones masculines aidant, elles se transformèrent graduellement en corps de femmes ; nues, souvent assises et vues de dos. A la douceur de la courbe se mêlait alors le mystère de l’être féminin.
Plus tard, en tant que menuisier et constructeur, je doute que l’on puisse trouver beaucoup de mes créations ou je n’aie å une petite courbe quelque part. J’en fis des meubles, des jouets, des designs intérieurs, des aménagements paysagers. Combien de lignes droites trouvez-vous dans la nature, disais-je à mes clients en guise d’introduction.
Enfin, la sculpture a libéré mon amour des courbes de toute contrainte pratique. Au départ ce fut un saut intimidant, parfois presque effrayant. Je participais à la naissance d’une courbe aux possibilités infinies et imprédictibles.
Le mystère n’en devient que plus présent, je le sens là, parfois tout près, et pourtant ne se dévoilant qu’à son propre rythme, auquel je dois me soumettre.
Lorsque l’œuvre est finie, bien qu’ayant travaillé dessus pendant des mois, je la découvre, j’en suis moi-même chaque fois surpris. Une autre dimension que celle imaginée au départ s’est introduite à mon insu dans l'espace. Je me sens autant messager que créateur.